Archives de l’auteur : Bruno ROBBES

Bruno ROBBES

À propos Bruno ROBBES

Ancien instituteur, maître formateur et directeur d'école de 1986 à 2001 à Garges-lès-Gonesse (Val d'Oise), j'ai pratiqué la pédagogie institutionnelle dans mes classes et m'y suis formé, en groupe avec Jacques Pain, dans des stages avec Fernand Oury. J'ai été responsable dans des stages du CEÉPI. Je reste impliqué dans les réseaux et groupes qui s'y réfèrent. Maître de conférences en sciences de l'éducation de septembre 2008 à août 2019 à l'université de Cergy-Pontoise, je suis aujourd'hui professeur des universités dans cette même université et membre du laboratoire ÉMA (École, Mutations, Apprentissages) - EA 4507. Dans certains cours, je mets les étudiants en situation de s'initier à la pratique de la pédagogie institutionnelle. Après avoir étudié l'autorité dans la relation éducative et pédagogique, je souhaite désormais faire de la recherche-action de pédagogie, avec des enseignants et des équipes d'écoles qui pratiquent des pédagogies coopératives, institutionnelles, alternatives.

Disparition de Jean-Louis Maudrin

Jean-Louis Maudrin nous a quittés le 5 mars 2022. Militant du mouvement Freinet dans lequel il a exercé des responsabilités, notamment au Comité directeur, il a fait partie du groupe Genèse de la coopérative fondé en 1978, auprès duquel je me suis formé à la P.I., puis du groupe Pratiques de la coopérative (1992) avec lequel nous avons continué à proposer des stages de formation à l’approche fondée par Aïda Vasquez et Fernand Oury. Sa présence était la singulière alliance d’une culture étendue, d’un souci de l’autre généreux et grognon, de l’intérêt pour la matérialité des choses et de beaucoup d’humour.

Jean-Louis était un grand lecteur et sa bibliothèque était emplie de poèmes. Il disait la mesurer en mètres, mais je crois que c’était plutôt la poésie qui lui servait d’unité de mesure. Plus d’une fois, il nous a fait entendre des réalisations poétiques et musicales produites par les élèves de ses classes et toujours remarquablement bricolées, au sens le plus créatif du mot. Bien sûr, ses élèves écrivaient des textes libres et, parfois, des poèmes remarquables.

Je me souviens de la dernière phrase de l’un d’eux : « Mourir est un jeu d’enfant ».

Patrick Geffard

 

En ces temps bien difficiles pour nos camarades qui enseignent (je suis en retraite, du même âge que Jean-Louis), il est urgent de rappeler les temps de luttes. Jean-Louis est pour moi le plus ancien ami du mouvement Freinet. Avec René Laffitte et Jean Claude Colson nous étions les trois mousquetaires. À la fois modeste et ferme sur ses idées, positions et pratiques, il avait une classe remarquable, d’une richesse extraordinaire, au service de ses élèves pour qui il avait une tendresse et une attention parfois apparemment bourrue. Ses monographies resteront des modèles du genre et d’une originalité qui se remarque aux premières lignes. Son empathie s’étendait, au-delà de sa classe et de ses élèves, aux parents et à leur entourage. Pédagogie Freinet, Pédagogie populaire, ce n’étaient pas de vains mots pour lui. Sa collection de photos est d’une richesse extraordinaire en quantité et qualité. Il savait par le choix des clichés mettre en relief une atmosphère, une ambiance. Il n’oubliait pas dans nos rencontres et stages de parler de sa famille, il n’était pas seul quand il nous a quittés. J’ai de lui des souvenirs merveilleux.

Maurice Marteau

 

Hommage à Philippe Jubin

Philippe Jubin nous a quittés dans la nuit du 11 au 12 février. Depuis plus de 35 ans, nous avons eu l’occasion de travailler et d’échanger avec lui à de nombreuses reprises, à l’occasion de diverses rencontres autour de la pédagogie institutionnelle (à la clinique de La Borde, lors de différents colloques, dans le comité de pilotage du séminaire sur le concept d’institution et au cours de bien d’autres manifestations encore…).

Titulaire d’un Doctorat en Sciences de l’éducation, Philippe aurait pu devenir enseignant-chercheur, mais il avait choisi de travailler auprès des élèves de la SEPGA, en classe puis en tant que directeur. C’était son « bâton de maréchal » comme il disait en riant… On le comprenait en connaissant ses engagements dans les ateliers relais où il aimait travailler à partir des Misérables de Victor Hugo, ou encore auprès de jeunes mineurs en prison.

En mars 2021, il avait été l’auteur d’une l’intervention très remarquée dans notre séminaire sur le concept d’institution, un séminaire dont il était l’un des acteurs impliqués.

Cette intervention sera publiée comme prévu et nous lui dédierons notre dernière séance, le 18 mai prochain, dans laquelle il serait très certainement intervenu.

Membre du comité de rédaction de la revue Institutions, Philippe Jubin a publié de nombreux textes centrés sur la mise en œuvre de pratiques orientées par la pédagogie institutionnelle, des études de figures marquantes de l’école, comme Le chouchou ou l’élève préféré et L’élève tête à claques (dont il avait fait un excellent chapitre de synthèse dans l’ouvrage La pédagogie : une encyclopédie pour aujourd’hui) comme il a participé à un ouvrage tiré d’une expérience de travail en « atelier relais ».

Philippe Jubin était l’un des animateurs majeurs du Collectif Européen d’Équipes de Pédagogie Institutionnelle et il a participé, à ce titre, à de très nombreuses activités de réflexion, de formation et de diffusion relatives à cette approche pédagogique que nous partageons. C’était un grand pédagogue de la pédagogie institutionnelle !

Nous nous souviendrons de lui comme d’un homme attentif aux autres, exigeant dans sa réflexion, généreux dans ses engagements, mais aussi plein d’humour.

Bruno Robbes et Patrick Geffard

Éducation, psychanalyse et conflit : interconnexions avec la pédagogie institutionnelle – Entretien avec Bruno Robbes

Ci-joint les références d’un article publié en portugais dans la Revue Électronique d’Éducation sous forme d’interview, dont j’ai rédigé les réponses à partir des questions posées par Fernando Cézar Bezerra de Andrade, Professeur à l’Université Fédérale de Paraíba au Brésil, et Katherinne Rozy Vieira Gonzaga, Psychologue, Docteure en éducation et Psychanalyste.

Andrade, F. C. B., Gonzaga, K. R. V. (jan./dez., 2021). Educação, psicanálise e conflito: entrelaçamentos pela Pedagogia Institucional – entrevista com Bruno Robbes. Revista Eletrônica de Educação, v.15, 1-19, e4008080. ISSN 1982-7199. DOI: http://dx.doi.org/10.14244/198271994008.

La traduction intégrale en français est disponible ici :

Éducation psychanalyse et conflit_trad fr REE v15_2021

REPORT de la 3e journée de rencontre – René Laffitte, un repère dans l’actualité de la Pédagogie Institutionnelle

Face à la situation sanitaire actuelle, les organisateurs de la 3ème journée de rencontre

René Laffitte, un repère dans l’actualité de la Pédagogie Institutionnelle

ont décidé de reporter cette journée initialement prévue le 12 février, à une date ultérieure.

Nous vous la communiquerons dès que possible.

RAPPEL : Séminaire LE CONCEPT D’INSTITUTION dans les pratiques de l’institutionnel – mercredi 12 janvier 2022

Séminaire LE CONCEPT D’INSTITUTION dans les pratiques de l’institutionnel

RAPPEL : mercredi 12 janvier 2022 – 17h15-19h30

Séminaire ouvert – à suivre en présentiel

ou à distance, en direct :

https://www.youtube.com/channel/UCEAR4BxvMQWOGFLHhQp6_5g

 

La méthodologie cartographique et les processus d’institutionnalisation au Brésil aujourd’hui

intervenante : Silvia Tedesco

discutante : Dominique Samson

Cette intervention présente les activités de recherche développées par l’Observatoire National de Santé Mentale, Droits Humains et Justice/UFF (Observasmjdh/UFF), Rio de Janeiro/Brésil, tournées vers la construction et la mise en œuvre des directives générales qui guident les politiques publiques brésiliennes dans le domaine de l’attention à la santé mentale. Cette recherche porte sur des individus avec des souffrances mentales, conséquences de leur exposition à des situations de violence d’État, ainsi que sur des individus avec trouble mental en conflit avec la loi. Les activités, en général, sont tournées vers la collecte, le suivi, la diffusion et l’analyse-critique des actions innovatrices alignées avec la réforme psychiatrique (loi 10.216/2001) et avec des conventions sur les droits humains. Il faut noter que de telles activités ont été rendues possibles par le caractère interventionniste, sur les processus d’institutionnalisation, de la méthodologie de la cartographie employée, dont la pratique repose sur une sensibilisation des professionnels, des gestionnaires, des patients, des familles des patients et d’autres personnes impliquées dans cette problématique. Appuyée sur les références conceptuelles de l’analyse institutionnelle, de  la cartographie, de P. Amarante, de F. Guattari, M. Foucault entre autres, le but sera de réfléchir ensemble à la manière dont des processus d’institutionnalisation, désinstitutionnalisation se déploient, en interrogeant aussi la place des processus instituants au Brésil aujourd’hui.

 

Silvia Tedesco est Professeure titulaire à l’Institut de Psychologie de L’Université Fédérale Fluminense à Rio de Janeiro et coordinatrice de L’Observatoire National de Santé Mentale, Justice et Droits Humains/UFF Brésil. Ses recherches portent sur les pratiques de santé mentale dans le cadre de la justice, sur la méthodologie de la cartographie, drogues et violence.


Contacts :
Bruno Robbes, PU en Sciences de l’éducation, Laboratoire EMA (EA 4507) : 

bruno.robbes@cyu.fr

Parution d’ouvrage – UNE PÉDAGOGIE POUR GRANDIR. Pédagogie institutionnelle et approche groupale

Vient de paraître :

UNE PÉDAGOGIE POUR GRANDIR. Pédagogie institutionnelle et approche groupale

Arnaud Dubois, Marc Guignard et le Groupe de pédagogie institutionnelle Paris-Créteil (GPIPC)

La pédagogie institutionnelle peut aider les enfants et les adolescents à grandir, entendu au sens de la « croissance psychique » telle qu’elle est défi nie par le psychanalyste W.R. Bion. Prenant appui sur les apports de la psychanalyse et des travaux cliniques d’orientation psychanalytique en éducation et formation, les auteurs et autrices proposent des hypothèses sur une partie des processus psychiques inconscients à l’œuvre dans les groupes : en classe et dans le groupe de pairs dont ils font partie. Leur recherche porte sur un corpus constitué de onze monographies : ce sont des récits écrits de situations professionnelles, analysés en groupe.

L’Harmattan : https://www.editions-harmattan.fr/livre-9782343247830?utm_source=phplist&utm_campaign=message_33007&utm_medium=email&utm_content=lienLireSuite

  • Collection : Savoir et formation
  • Date de publication : 17 décembre 2021
  • Broché – format : 13,5 x 21,5 cm • 132 pages
  • ISBN : 978-2-343-24783-0
  • EAN13 : 9782343247830
  • EAN PDF : 9782140199035
  • 14,50 €

René Laffitte, un repère dans l’actualité de la Pédagogie Institutionnelle – 12 février 2022 – 3e journée de rencontre

Organisé par CHAMP P.I.-Pédagogie institutionnelle

René Laffitte, un repère dans l’actualité de la Pédagogie Institutionnelle

Pour les enseignants, éducateurs et parents intéressés par les classes coopératives.

Troisième journée de rencontres

Samedi 12 février 2022 – 9h à 16h30

Montpellier, locaux des CEMEA Occitanie 501, rue Métairie de Saysset

Le conseil

avec Patrick Geffard

PU en sciences de l’éducation, université Paris 8

Praticien de la pédagogie institutionnelle

et Maurice Marteau

Enseignant – Conseiller Pédagogique,

compagnon de travail de René Laffitte

Uberisation des soins psychiques et gestion des risques psycho-sociaux – 11 décembre à Tours

Tables rondes – débats à propos de l’évolution des soins psychiatriques :

On sait que dans les services de psychiatrie, les pratiques « séquencées » et « optimisées » fragmentent les prises en charge : bilan, orientation, et … listes d’attente toujours aussi longues, pas de lits à l’hôpital, pas de place en Centre Médico-Psychologique, laissant des patient.es et leurs familles en déshérence. Qu’en est-il du côté du personnel soignant ?

Par ailleurs, la gestion des « risques psychosociaux » liés au travail grâce aux numéros d’appel ou aux prestations sur site pour une « écoute psychologique » peut apparaître comme une pratique assurantielle à bon compte.

Deux professionnel.les évoqueront leur travail au quotidien, l’un en service de psychiatrie publique, l’autre « au bout du téléphone » en cas d’effondrement au travail.

– 9 heures : Accueil
– 9 heures 30 : Ouverture de la journée par Thierry Lecomte, maire adjoint de la ville de Tours, psychologue.
Introduction aux débats : Lise Gaignard, psychologue, psychanalyste.
– 10 heures : Benjamin Royer, psychologue clinicien : « Le travail en plateforme, une uberisation masquée des soins psychiatriques ? ».
Modération : Françoise Tomeno, psychanalyste.
Débat.
– 11 heures 15 : Pause
– 11 heures 30 : Loïse Sacarabany, psychologue du travail : « Pratique des psychologues dans certains dispositifs de prévention des “risques psychosociaux” ». Modération : Françoise Tomeno, psychanalyste.
– 12 heures 45 : Conclusion collective

Salle Paul Bert à Tours 45, quai Paul Bert 37100 Tours.

Bus (ligne 10 arrêt Paul Bert) Tramway (Station Place Choiseul,

ligne directe à partir de la gare SNCF)

Le passe sanitaire est obligatoire pour entrer dans la salle

Tarif d’entrée : 5 €

 

RAPPEL – Séminaire “Le concept d’institution…” – Mercredi 10 novembre – 17h15-19h15

Séminaire LE CONCEPT D’INSTITUTION dans les pratiques de l’institutionnel

RAPPEL : mercredi 10 novembre 2021 – 17h15-19h30

Séminaire ouvert – à suivre en présentiel ou à distance, en direct :

https://www.youtube.com/channel/UCEAR4BxvMQWOGFLHhQp6_5g

À la recherche de nouvelles stratégies pour déjouer la désinstitutionalisation néolibérale

intervenant : Benjamin Royer

discutant : Jean-François Nordmann

De nombreux courants contestataires et émancipateurs des années 70 dans différents champs (la psychiatrie, l’école, l’université, l’usine, etc.) ont pris comme point de départ de leur réflexion une critique des institutions. Ils voyaient celles-ci comme les lieux de l’exercice d’un pouvoir, fondés sur des savoirs légitimants à l’origine de rapports sociaux de domination. Au cours des décennies qui ont suivi, ces discours critiques qui finissaient par en appeler à la désinstitutionnalisation ont, à notre grand étonnement, rencontré les logiques néolibérales de transformations de l’État et les ont parfois soutenues, voire rendues désirables. Des slogans désaliénistes ou de l’antipsychiatrie tels que « Il faut détruire l’hôpital psychiatrique » ont été récupérés quand il s’est agi de fermer des lits à l’hôpital sans proposer d’alternatives à l’hospitalisation. « Libérer le travail » s’est traduit par une destruction du droit du travail. Plus récemment, ce sont les plateformes comme nouveau modèle économique qui servent de paradigme à une réforme de l’action publique dont l’essentiel vise à rendre acceptable par les populations le retrait des services publics.

François Tosquelles distinguait l’établissement de l’institution, Cornélius Castoriadis, pour sa part, distinguait l’institué déjà-là de l’instituant. Ces auteurs prévoyaient à partir de ces distinctions de subvertir l’institué pour que l’institution demeure le lieu principal de leur agir. Lucien Bonnafé martelait qu’il fallait détruire l’hôpital psychiatrique, il s’empressait néanmoins d’ajouter que c’était pour mieux construire son contraire sur ses ruines.

Nous sommes donc, dans nos pratiques quotidiennes, face à un paradoxe qui est de défendre l’existence même des lieux dont les générations précédentes ont parfois désiré la destruction ou, sinon, dénoncé avec force les effets aliénatoires. Des générations de praticiens nous ont transmis quantité de techniques de transformation et de subversion de ces lieux mais pas grand-chose sur leur sauvegarde.

À partir du travail collectif que nous effectuons dans un secteur de psychiatrie adulte, nous proposerons deux hypothèses de travail pour repenser nos pratiques dans ce contexte de mise en péril de l’institué. La première, sur le terrain juridique, sera l’utilisation du droit pour révéler, mettre en lumière l’institué-encore-là derrière les tentatives néolibérales d’invisibilisation des rapports de domination. La seconde, sur le terrain des pratiques, sera de considérer que cela passe par le fait d’instituer des scènes dans l’espace public, des lieux qui se posent dès leur fondation la question de leurs fonctionnements collectifs aux détours de multiples inventions vivantes du quotidien suivant la logique des communs ou des clubs thérapeutiques.

Benjamin Royer est psychologue clinicien dans le secteur de psychiatrie adulte d’Asnières-sur-Seine. Il s’intéresse à l’histoire de la psychothérapie institutionnelle, à la psychothérapie psychanalytique des psychoses et aux liens de proximité entre néolibéralisme et neurosciences. 

Contacts : Bruno Robbes, PU en Sciences de l’éducation, Laboratoire EMA (EA 4507) :

bruno.robbes@cyu.fr