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La pédagogie institutionnelle en France et au Brésil : discipline scolaire, autorité et prise en compte des conflits à l’école

Cet article présente d’abord la pédagogie institutionnelle en France à travers des éléments d’histoire, de définitions et de théorisations, d’actualités et de perspectives. Il développe ensuite en quoi cette pédagogie prend en compte la discipline scolaire, l’autorité et les conflits à l’école. Enfin, quelques aperçus de la pédagogie institutionnelle au Brésil sont indiqués.

En cours de traduction en portugais, cet article sera bientôt publié dans un ouvrage universitaire brésilien consacré à la pédagogie institutionnelle.

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Témoignage et émerveillement devant une formation à l’enseignement par la PI

Venu de Montréal, pour un séjour de recherche en France et Belgique, où je présente aussi le réseau des 42 écoles publiques alternatives du Québec (http://repaq.org), j’ai passé deux jours dans un établissement belge de formation d’enseignants du secondaire, à Liège (http://www.helmo.be/CMS/Institution/Instituts/HELMo-Sainte-Croix/Accueil.aspx).

Françoise Budo nous avait invités, Bruno Robbes, de l’Université de Cergy-Pontoise, et moi-même, à venir voir fonctionner en direct le programme « Tenter + » (http://www.tenterplus.be).

Ce qui suit est plus qu’une lettre de gratitude aux étudiants et formateurs de cet établissement de formation d’enseignants. C’est un témoignage et un émerveillement devant la qualité des processus d’enseignement et apprentissage observés.

Aux étudiants et à l’équipe de formateurs de « Tenter + », de la Haute-École de Liège Mosane (HELMo), en Belgique,

Deux jours à l’HELMo, les 17 et 18 avril 2018, et déjà un attachement à ses étudiants et à son équipe de formateurs.

Moi qui écume les universités au Québec, en France, en Belgique, à Taiwan, pour comprendre comment des cours «énergisent » les étudiants et stimulent leur développement, me voilà dans un programme entier conçu sur cette base.

Il pose l’hypothèse qu’en stimulant le goût des étudiants de vivre pleinement leur propre éducation (adieu l’ennui des bancs d’école), ils trouveront les moyens de devenir à leur tour des enseignants motivants, qui transmettront la flamme et le goût d’apprendre.

J’aurai pour longtemps sur la rétine ces images de jeunes femmes et hommes de 18-25 ans

– qui n’ont pas peur de poser des questions

– qui se respectent dans leurs interactions

– qui diagnostiquent en une minute leur état affectif après un cours, un conseil de classe ou un « conseil de tous » : « ça va », « ça va bof », « ça va pas »;

– qui isolent les problèmes dans une situation interpellante et construisent ensemble des solutions;

– qui expriment avec naturel leurs besoins individuels ou collectifs;

– qui sont attentifs aux difficultés d’autrui;

– qui s’entraident;

– qui veillent à préserver une atmosphère d’étude saine et sécuritaire;

– qui ont à cœur le sort de leur société et les enjeux planétaires;

– qui égrènent leur journée d’humour et de sourires;

– qui travaillent, surtout : ils apprennent, ils apprennent, ils apprennent et ils aiment ça! Comme on dit au Québec : « ils en mangent ».

Ces étudiants savent tenir une réunion (un « conseil ») : les ordres du jour sont tenus, minutés, nuancés, toujours critiques, toujours bienveillants.

On se dit que si toutes les réunions des organisations publiques et privées avaient ces qualités, le monde tournerait plus rond. Il y a ici des savoir-faire et des savoir-être qui ne seront pas perdus, peu importe dans quel secteur de la société ces étudiants se feront un chemin.

Savent-ils la chance qu’ils ont d’apprendre leur métier dans cette école, d’apprendre la vie dans cette école ?

Mais ce n’est pas de la chance. C’est du travail. Le travail complexe, cadencé, huilé, pensé, agi, sans cesse remanié et rénové d’une équipe de travail qui aime son métier et qui y excelle. Elle y excelle parce qu’elle y réfléchit avec cœur, ténacité, patience et dans un esprit systémique et systématique devenu une seconde nature.

Au fil des discussions avec cette équipe, j’ai ressenti chez elle les mêmes préoccupations dans leur profession que les étudiants pour leur futur métier :

– que peut-on encore améliorer dans la formation ?

– qu’est-ce qui est caduque, qu’il faut couper ?

– qu’est-ce qui est en train de germer, qu’il faut arroser ?

– comment donner toujours plus l’initiative aux étudiants pour qu’ils deviennent auteurs de leurs apprentissages et de leur vie ?

– comment leur donner le goût de chercher et de découvrir ?

– comment les armer pour leur métier ?

– comment les équiper pour la vie ?

– comment développer leur potentiel d’êtres humains : intelligents, sociables, humbles, doués de jugement, fiables, compétents, curieux…

Aux étudiants comme aux formateurs, je dis merci : ce que vous défendez tous les jours en vaut la peine et vous constituez un exemple inspirant en éducation, en formation d’enseignants, en formation tout court.

Vous voir en action me rend fier d’être éducateur et, disons-le, fier d’être humain. Ces brèves et riches 48 h parmi vous me font encore constater que partout dans le monde il y a des gens qui réfléchissent et se battent (sans agressivité) pour toujours mieux former autrui, étudiant ou élève.

Amicalement, et pour longtemps,

Philippe Chaubet

Professeur régulier, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Jacques Pain, 2017, conférence – les 50 ans de VPI

“1967-2017. Vers une Pédagogie Institutionnelle. Cinquante ans Après. Quelle actualité des Approches institutionnelles Aujourd’hui ?”.

Conférence donnée par Jacques Pain à l’ESPE de l’Académie de Versailles, à l’occasion du cinquantenaire de la publication de Vers une Pédagogie Institutionnelle ? (Aida Vasquez et Fernand Oury) :

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